La voie du bonheur au travail

La voie du bonheur au travail

La voie du bonheur au travail Dr Yves LE GUÉNÉDAL

Le travail, comme le sommeil, est un grand chronophage de nos journées et les soucis avec l’un retentissent souvent sur l’autre. Autant dire qu’il faut leur porter le plus grand soin. Mon expérience de psychothérapeute et de coach m’a permis de dégager quelques pistes pour mieux vivre son travail, et donc mieux vivre sa vie.

Il y a le travail et il y a le travailleur. Le travailleur est un être hu- main avec un potentiel et un vécu. Vivre son potentiel serait idéalement mettre son vécu en harmonie avec un soi débar- rassé de tout ce qui pourrait nous faire vivre de façon durable en surrégime ou en sous-régime par rapport à ce potentiel ou dans un mal-être. La réalité, c’est que notre vécu y est empêché par des croyances limitantes. Ce vécu avec ses croyances limi- tantes va être plus ou moins éprouvé par le travail et son envi- ronnement. C’est une extraordinaire caisse de résonance de nos problèmes. On apporte donc au travail nos difficultés et rien que cela est la source d’une grande partie des "mal-vécus", malgré des conditions normales de travail. Toutes nos blessures d’enfance peuvent trouver l’occasion, dans ce contexte, d’être réactivées et entretenues comme elles peuvent l’être dans les autres secteurs de notre vie : couple, relations familiales et ami- cales...

Cela peut commencer par obtenir le changement de ces condi- tions inadéquates auprès de son employeur. Si cela n’est pas possible, il faut alors envisager de changer de travail. C’est un saut vers l’inconnu, source d’angoisse. Est-ce que je reste dans un travail que je connais mais qui me consume à petit feu ou je tente l’aventure qui peut me libérer mais aussi aggraver ma situation. En coaching, on parle de phase initiatique. C’est quand on aborde cette phase que de nombreuses personnes échouent. L’initiation renvoie au changement, à la métamor- phose. C’est le jeune Africain qui va dormir seul dans une tente au milieu du désert pour obtenir le statut d’adulte. Il aura vaincu des peurs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de nos peurs. Vaincre nos peurs, c’est pouvoir s’autoriser à faire ce passage vers l’inconnu. Nous avons peur à ce moment-là pour des tas de choses auxquelles nous nous sommes attachés et que nous avons peur de perdre, même si cela doit être au prix de notre santé : notre maison, la voiture, le confort de nos enfants, la reconnaissance etc. Comme disent les bouddhistes, la souffrance trouve sa source dans l’attachement. Et ils vous diront qu’il ne sert à rien de s’attacher car tout n’est qu’imper- manence et que seul le présent est réel.

Heureusement un peu de coaching, voire une psychothérapie, peut vous aider et vous per- mettre de vivre sereinement ce travail qui vous tient à cœur. Et en plus vous vivrez mieux tous les autres domaines de votre vie.


Se respecter le plus qu’il est possible

On voit déjà que si on se met un peu à l’écoute de soi dans le travail, celui–ci est un formidable moyen d’apprendre à se connaître et de rectifier les comportements inadéquats. Ne pas le faire c’est s’exposer à des difficultés futures.

Le travailleur peut aussi être atteint d’une maladie organique qui le perturbe dans son travail. C’est au médecin de la diag- nostiquer avant d’aborder une quelconque prise en charge psychothérapique ou de coaching.

Nous avons vu qu’avec des conditions normales de travail, nous pouvions être la source de nos problèmes. Des conditions anormales de travail ne feront qu’exacerber des probléma- tiques personnelles sous-jacentes. Et un sujet supportant fort bien des conditions normales pourra souffrir de conditions anormales. Pour autant l’un et l’autre doivent-ils se résigner à vivre des conditions anormales ? Bien sûr que non et tout doit être mis en œuvre pour vivre l’inverse. En fonction de la situa- tion de chacun, les stratégies seront différentes, mais elles doi- vent toutes avoir comme schéma directeur : le respect de soi. Se respecter le plus qu’il est possible.
Je précise tout de suite que cela ne veut pas dire ne pas recon- naître l’autre et ne pas l’aimer. Et oui, car pour eux tout est in- terdépendant. Ouf ! Je ne suis pas tout seul dans ce détachement. En me respectant partie du tout, je respecte le tout et le nourrit positivement. Quelqu’un se porte mieux dans la famille et toute la famille se porte mieux. Et déjà je com- mence à m’inspirer d’une sagesse pour passer le gué. Et cela n’est bien sûr pas par hasard. La psychothérapie et le coaching, quand ils se servent de l’intellect pour résoudre ce type de diffi- culté, n’auront qu’une action limitée, car l’homme n’appré- hende pas la vie qu’avec son intellect, mais aussi avec son intuition et son ressenti. C’est pour cela, et c’est heureux, que depuis peu les psychothérapies scientifiques s’aident de tech- niques ancestrales qui favorisent ce deuxième aspect.

C’est le cas, entre autres, de la méditation en pleine conscience. Cette ouverture à l’intuition est importante car elle nous amène à la perception de l’unité derrière la multiplicité apparente. Seule l’expérience de cette unité permet de dépasser la vision duelle, séparative et matérialiste de la vie. Sa com- préhension intellectuelle, les lectures de mille et un livres sur le sujet ou des discussions interminables ne donnent pas cette possibilité. Parler de faire du vélo quand vous ne l’avez jamais fait ne peut pas vous faire ressentir ce qu’est faire du vélo. Or c’est cette vision matérialiste et séparative de la vie qui est la source de nos peurs et qui participe à la constitution de notre ego. Difficile de s’en défaire si nous sommes enfermés dans cette vision. Souvent, seule la souffrance qui en découle peut générer une quête de sens salvatrice. Alors comment se défaire de cet ego limitant, source de nos névroses ? Avec l’expérience, les cas difficiles n’ont pu s’en tirer que par une quête spirituelle, seule capable de vous faire intégrer une vison de l’unité du tout. Allez voir du côté des sages et ressentez ceux qui vous parlent et donnent du sens et des possibilités de solutions à ce que vous vivez. Et surtout, expérimentez leurs conseils. Qui peut le plus peut le moins, d’où l’importance d’élargir sa conscience à d’autres espaces. Sinon comme le dit Sri Auro- bindo, les anciens hommes seront vite dépassés et désorientés (pour utiliser un euphémisme) comme le sont en technologies les parents par leurs enfants car tout va de plus en plus vite et que les contraintes matérielles sont de plus en plus fortes. Pour ceux qui ne changent pas de paradigme, les récupérations se- ront de plus en plus compliquées.

Si vous vivez dans l’action cette quête, au bon niveau, vous ne serez plus ou quasiment plus la marionnette de vos projections futures ou passées, illusions sources de vos peurs mais vous vivrez l’instant présent, seule réalité, en positif, en ouverture à la vie et en vous respectant. Changer de travail pour en trouver un autre qui vous convient mieux sera nettement moins un problème. Et je ne parle pas des autres secteurs de la vie. Vous en conviendrez, si vous obtenez tout cela c’est plutôt pas mal. Et bien sachez qu’arrivé à ce niveau vous aurez intégré que vous êtes beaucoup plus grand que vous ne le pensiez et avec des capacités inimaginables avant. Vous prendrez conscience du pouvoir de l’intention. Et plus vous aurez intégré cette vision unitaire, plus vos intentions ont des chances de se réaliser. Au risque de renforcer cet ego qui a besoin de sécurité, sachez que les scientifiques ont déjà prouvé l’action de la prière et bien d’autres choses qui vont dans le sens de ces enseignements de sagesse.

Santé intégrative - n°37 - janvier/février 14